samedi 3 octobre 2020

Masque et dépersonnalisation

 

 (...)

Distance posée, lien rompu  


 
(...)
Nous voici donc contraint de porter un masque sous peine d’amende. 
Contraint de quitter notre visage réel pour nous protéger et protéger autrui.

Le risque de cette protection ne fait qu’amplifier 
 que nous avons construit au cours de notre vie. 
Nous ajoutons une couche à un masque déjà réel.
 
Se montrer en vérité et en humilité n’est pas simple. 
Nous sommes beaucoup dans le paraître pour donner le change. 
Notre intimité ne peut être mise à nue sans risque.
 
 

« Presque tous les hommes portent un masque 
qu’ils ont pris instinctivement pour défendre le secret de leur âme.
Ils en ont tellement l’habitude qu’ils oublient de l’ôter,
 et ils finissent par ne plus connaître le visage de leur nativité » 
disait Maurice Zundel.

risque de transformer nos relations et notre vivre-ensemble.
Nos visages confinés ne pourront plus dire le rire et la joie, 
la tristesse ou la colère. 
La communication verbale sera difficilement audible, 
et sans possibilité de lecture sur les lèvres pour bien des mal-entendants.
Je suppose que bien vite le silence deviendra plus facile à vivre que la relation. 
De guerre lasse face à une information difficilement exprimée et mal reçue.
Le dernier lieu de notre corps, le visage, devient lui aussi confiné.
 

Voir sans être vu

 

C’est à travers la notion de « personne » que le masque s’est aussi dit dans l’antiquité. 
Le masque dit-on dans les théâtres anciens avait pour fonction aussi 
de permettre à la voix de porter suffisamment loin pour être audible des spectateurs. 
A l’époque,  » personne » qui vient du latin persona
terme lui-même dérivé du verbe personare
qui veut dire « résonner », « retentir », désigne ce masque de théâtre, 
équipé d’un dispositif spécial pour servir de porte-voix.
 
 
 

 

Un Bâillon

Aujourd’hui faudra-t-il « crier » pour se faire entendre ? 
Le masque serait-il un bâillon imposé pour se taire ?
L’homme qui se définit comme un être de (en) relation 
est-il condamné à communiquer en solitaire 
par des subterfuges médiatiques comme internet, Skype ou Whatsapp ?
Devra-t-il se « découvrir », se mettre à poil pour communiquer ?
 … à son insu … 
Car tous ces outils informatiques ne seront-ils pas le moyen 
de récolter les informations toutes personnelles le concernant ?
 Concernant sa santé, ses goûts, ses choix, 
ses idées politiques, religieuses ou autres ?
 

 
 
Le masque moderne ne risque-t-il pas de participer 
Chacun devenant le miroir de l’autre et lui reflétant son anonymat 
dans une masse d’individus tous identiques ? 
La singularité de chacun s’évanouissant dans une uniformité sans liberté ? 
 

L’homme bâillonné trouvera-t-il encore des vis-à-vis pour parler, dire, 
exprimer son désaccord ou sa joie ? 
Les manifestations, quelles soient de rues, 
familiales, politiques ou autres 
sont-elles vouées à disparaître ? 
La sécurité va-t-elle tuer les libertés ?
 
 
 
 

Des clones ?

 

Nous pensions être porteur d’une identité singulière 
et nous nous découvrons un peu clones,
 noyés dans la Masse.
 
 Tant que nous n’aurons pas accédé 
à une (re)naissance autre que de nature biologique 
pour naître comme Personne, nous avancerons masqués.
 
Mais en grandissant, en prenant 
« le visage de leur nativité », le vrai, le désiré, 
les hommes ne feront plus semblant et ne se cacheront plus :
 leur sourire sera le témoin de la grandeur et de la dignité 
auxquelles tous sont appelés.

Bas les masques ! 
Surtout les symboliques qui, croyons-nous, 
nous mettraient à l’abri des regards. 
 
 

Émerger de la masse

 

A un jeune Japonais en quête existentielle, Hermann HESSE écrivit :

« Faire parvenir au plus haut degré de maturité 
et d’achèvement votre vie et vos aptitudes, 
celles de votre esprit, voilà où réside la signification de votre existence 
et mieux vous y réussirez, plus vous serez heureux. 
 
Vous avez déjà remarqué vous-même que la majorité des hommes (…)
 vivent et agissent constamment en tant que masse 
et que la plupart d’entre eux n’ont pas d’existence 
ni de pensée qui leur soient propres. 
Nous ne pouvons rien y changer et il en sera toujours ainsi 
– au contraire, plus le genre humain se multipliera rapidement, 
plus il possédera de moyens techniques et plus il sera voué à la platitude
 et se transformera en une collectivité uniforme. 
 
Pour l’humanité en tant que masse, 
la tâche primordiale consiste uniquement à s’intégrer 
et à s’adapter, avec le moins de conflits possibles, à la société, 
à réduire au minimum la part de la responsabilité personnelle.

Nous autres, c’est-à-dire la minorité toujours infime 
de ceux qui ont les aptitudes et la vocation nécessaires
 pour mener une existence personnelle, individuelle, 
nous possédons cet avantage sur les masses 
d’avoir des sens plus délicats 
ainsi qu’une plus grande capacité de réflexion 
et il est indéniable que ces dons 
peuvent nous procurer un grand bonheur.
 
Chez nous, la vue, l’ouïe, 
les sensations, la pensée sont plus précises, 
 plus réceptives et plus riches en nuances ; 
 en revanche, nous sommes seuls, exposés aux dangers, 
nous devons renoncer à l’heureuse irresponsabilité de la masse. 
Chacun de nous doit tirer au clair la nature de sa propre personnalité, 
de ses dons, de ses possibilités et de ses particularités, 
il doit consacrer sa vie à se perfectionner moralement 
et à devenir ce qu’il est. 
 
Si nous accomplissons cette tâche, 
nous servons en même temps la cause de l’humanité, 
car toutes les valeurs propres à la culture 
(art, poésie, philosophie, etc.) 
résultent de cette démarche. 
Lorsqu’on suit cette voie, 
l’ « individualisme » si souvent décrié 
devient le serviteur de la communauté 
et perd le caractère odieux de l’égoïsme. »
.
 
Hermann Hesse 
"Lettres 1900-1962"
 
 

 

 
…et nos têtes deviennent visages ! 

 Kestenig

 


6 commentaires:

  1. merci... le masque de l'inquiétude rongent nos liens avec la profondeur...

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    1. Oui...l'inquiétude et la peur nous font "rentrer dans le rang" et oublier QUI nous sommes.
      L'urgence est de retrouver, au plus profond de nous, notre Centre.
      Et quand nous aurons retrouvé notre centre, nous retrouverons notre pouvoir...

      Amitiés.

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  2. Oui...il nous faut faire confiance à notre propre nature, et la cultiver dans ses aspects à la fois physiques et psychiques afin de rester centrés autant qu’il est possible de l’être.
    Cette confiance en notre propre nature s’est peut-être largement perdue au fur et à mesure de notre éloignement et de notre mépris de la Nature globale du monde. Méprisant cette dernière nous sommes sans doute également de plus en plus entrés dans un mépris de notre propre nature et nous avons crédité de pouvoirs excessifs ce qui vient de l’extérieur : médicaments, vaccins, consignes, etc.
    Je dis bien de pouvoirs excessifs, car ces choses-là, peuvent être très utiles lorsqu’elles sont employées à bon escient, honnêtement et avec compétence, dans le respect de l’éthique, de la connaissance authentique, et dans le vrai souci du bien-être de l’autre.

    Amezeg

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    1. Oui,je pense comme toi, Amezeg, que le respect de la Nature et le respect de notre propre nature sont intrinsèquement liés...
      j'en ai très souvent parlé sur mon ancien site FABULO, sur lequel je publiais beaucoup de photos de "nature" et dont c'était un des thèmes récurrents...

      Quand on ne fait plus confiance à la nature autour de nous, quand on ne sait plus rentrer en contact avec elle...on ne sait plus rentrer en contact, non plus, avec ce qui nous constitue, à l'intérieur...

      Ceux qui ont le mieux parlé de ce sujet, ce sont, je crois, les Amérindiens :

      Les drames humains et les catastrophes écologiques
      ont la même cause:
      l'homme s'est éloigné du coeur de la nature,
      qui est aussi son propre coeur.
      En oubliant la vie sensible du monde,
      il a fini par s'oublier lui-même.
      Les Cheyennes des plaines savaient
      que la perte du respect dû à toutes les formes vivantes,
      humaines, animales et végétales,
      amène également à ne plus respecter l'homme.
      Aussi maintenait-il les jeunes gens
      sous la douce influence de la nature.
      .
      "Sagesse amérindienne"
      .

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    2. ...et cette "séparation de la nature" nous amène également à chercher de plus en plus, au lieu de moyens "naturels" (par exemple, apaisement du stress, mesures de bon sens), des moyens "artificiels" de nous protéger (masques, médicaments , vaccins).

      Or, ces moyens artificiels et extérieurs se révèlent soit "illusoires" (les masques n'arrêtent pas tous les virus ou ne les arrêtent pas tout le temps)...soit condamnés à long terme (exemple : résistance aux antibiotiques, vaccins non adaptés aux virus qui "mutent"...etc). C'est une course sans fin et perdue d'avance...

      A mon avis, on ne s'en sortira pas sans comprendre qu'il faut, avant tout, faire confiance à notre corps et à ses capacités à se "défendre"...et que la recherche doit porter sur les moyens de l'aider à renforcer ses défenses.
      Mais comme ce renforcement du système immunitaire se fait la plupart du temps par des méthodes "simples et naturelles", cela ne "rapporte" pas grand chose à "Big Pharma", qui s'y oppose donc vigoureusement...

      Je suis effarée de voir à quel point, au fil du temps, on se voit, par différents moyens, refuser le droit de "choisir" nous-même nos traitements...

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    3. « Les Cheyennes des plaines savaient
      que la perte du respect dû à toutes les formes vivantes,
      humaines, animales et végétales,
      amène également à ne plus respecter l'homme.
      Aussi maintenaient-il les jeunes gens
      sous la douce influence de la nature. »

      C’est ça ! les cheyennes voyaient et sentaient juste. Et l’on retrouve la même sagesse vitale (et morale) chez les taoïstes.

      Il est bien vrai qu’il y a de quoi être aujourd’hui effaré !!! Prions ET oeuvrons comme le colibri...

      Amezeg

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