lundi 19 avril 2021

La banalité du mal

 

De même que la tombée de la nuit n'arrive pas tout de suite,
l'oppression non plus...
Il y a un crépuscule où tout reste apparemment inchangé.


Et c'est dans un tel crépuscule que nous devons être le plus conscients
des changements dans l'air - aussi légers soient-ils -
de peur que nous ne devenions
des victimes involontaires de l'obscurité.
.
William O. Douglas
 

 

 


 

Hannah Arendt, juive, déportée et réfugiée aux États-Unis, avait osé écrire dans le New York Time qu’Eichmann n’était pas un monstre au sens où on aurait pu le comparer à Dracula ou Gilles de Ray, mais un personnage banal, non prédisposé à la méchanceté ou au sadisme, mais tout simplement un fonctionnaire qui avait refusé d’élaborer une pensée propre, un homme semblable aux millions de téléspectateurs qui aujourd’hui abdiquent toute pensée autonome pour se mouler sans histoire dans le confort d’un monde Orwellien.

Cette banalité du caractère, cette médiocrité assez commune, ces inaptitudes à la méchanceté et à la perversité hissées à des responsabilités d’exécution considérables, ont généré l’un des plus grands massacres de l’histoire.

Il ne s’agit pas des prédations de Gengis Khan, mais de celles complètement inattendues d’un clerc de notaire ou d’un préparateur en pharmacie.

C’est là où l’analyse d’Hannah va bouleverser la grille de lecture de toute l’anthropologie politique. Son analyse n’en n’est que plus fulgurante, son actualité que plus oppressante et avérée.

Pour avoir osé s’en tenir à la seule analyse philosophique en se dégageant du jugement politique, sa propre communauté l’avait conspuée violemment, et isolée. Pour Arendt, la lancinante question de sa vie sera la question du mal alors que pour les siens, seul comptait le jugement sur le monstre.

Il lui fallut un immense courage moral pour ne pas abdiquer intellectuellement devant le fait qu’un nazi n’est pas forcément un être ivre de sang, jouissant de la souffrance de ceux qu’il haïssait. Sa thèse de la banalité du mal n’en n’est devenue que plus effroyablement pertinente et cruellement contemporaine.

À mon avis, ses détracteurs, dont on comprend parfaitement les blessures profondes, ne comprenaient rien de sa démarche philosophique. Ils ne se rendaient pas compte qu’en affirmant la banalité du petit bourgeois méthodique et obéissant dans la gestion de l’impensable, Hannah invitait à comprendre l’extrême perversité d’une humanité grise et paisible qui abdique toute pensée autonome.

 

Elle alertait l’opinion sur la capacité d’adhésion tranquille de la majorité des hommes à l’absurde lorsque l’absurde est normalisé par une administration soutenue par le droit et la mise en condition d’un peuple qui se refuse de penser 

(clic)

 

Or le propre de l’homme c’est de penser, et refuser de le faire l’amène à nier son humanité. Niant son humanité, il devient un monstre. Son appel est d’une tragique actualité.

.

 Article complet ICI



   




2 commentaires:

  1. Pour quitter le clair-obscur «…... d’une humanité grise et paisible qui abdique toute pensée autonome. » il faut tenir bien allumée ou raviver la petite flamme de conscience qui, seule, peut éclairer notre paysage intérieur et extérieur. L’effort de conscience - qui ne passe pas que par l’usage fait de la pensée - semble être le plus difficile de tous les efforts dont nous sommes capables. Bien qu’il soit sans doute la tâche essentielle d’une existence humaine.

    Amezeg

    PS – Cette vidéo me semble tout à fait apte à encourager fortement la pensée autonome et à raviver la flamme de conscience en un temps qui le demande de façon urgente : https://www.youtube.com/watch?v=ZKGGAXDRVzI

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Amezeg!

      Oui, tu as raison de le préciser, ce qui est nécessaire, c'est avant tout un effort de CONSCIENCE.

      Merci pour le lien, j'écouterai demain....

      Supprimer