samedi 29 septembre 2018

Le comportement de l'humanité est inconscient





"Il est urgent de prendre conscience
de notre inconscience....

Pierre Rabhi


Quelle voie pour notre métamorphose ?





Une intelligence incapable d'envisager
 le contexte et le complexe planétaire, 
rend aveugle, inconscient et irresponsable.
.
Mais la pensée écologisée est très difficile 
parce qu'elle contredit des principes 
enracinés en nous dès l'école élémentaire, 
où l'on nous apprend à faire 
des coupures et des disjonctions 
dans le tissu complexe du réel, 
à isoler des domaines du savoir 
sans pouvoir désormais les associer.
.
À une pensée qui isole et sépare, 
il faut substituer une pensée qui distingue et relie. 
À une pensée disjonctive et réductrice, 
il faut substituer une pensée du complexe
au sens originaire du terme complexus : 
ce qui est tissé ensemble.
.
Et s'il est vrai que le cours de notre civilisation, 
devenue mondialisée, conduit à l'abîme 
et qu'il nous faut changer de voie,
toutes ces voies nouvelles devraient pouvoir converger 
pour constituer une grande voie qui conduirait 
mieux qu'à une révolution,
à une métamorphose. (*)
Car, quand un système n'est pas capable 
de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désintègre, 
soit il produit un métasystème plus riche, 
capable de les traiter : 
il se métamorphose.
.

Citations d'Edgar Morin
.

(*) La révolution, comme son nom l'indique, 
consiste à "repartir pour un tour"...:-),
tandis que la métamorphose 
est un changement profond,
un véritable changement de forme...
.
La Licorne
.

mardi 25 septembre 2018

La troisième Révolution

 
 


Je dédie ce post à mes enfants et à tous les enfants de la terre.
Puissent-ils avoir la clairvoyance et le courage que nous n'avons pas eus (et je ne leur demande pas de nous pardonner).
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons .



Fred Vargas
Archéologue et écrivaine


 
 
 

dimanche 23 septembre 2018

La vie du Palais





...Et pourtant, les hommes politiques nous font croire à l'importance de leurs actes. S'intéresser à eux, c'est être soucieux de son pays, s'engager. Alors que bien plus de politique se crée dans les actes gratuits, dans l'écriture, la défense d'un dialecte, l'héritage d'un auteur. (...)

Les hommes d'en-haut ne s'occupent pas de nous, alors pourquoi se soucier d'eux ? L'existence est ailleurs. (...)

Dans un article du 1er août 1975 baptisé "Hors du Palais", Pasolini cingle son Italie en inertie, béate devant la vie des hommes politiques, le quotidien du Palais :

Seuls les événements qui se déroulent "dans le Palais"
semblent dignes d'attention et d'intérêt,
tout le reste n'est que futilité, grouillement,
masse informe, second choix (...),
 ce qui importe vraiment, c'est la vie des plus puissants,
de ceux qui sont aux sommets.
 Etre "sérieux" signifie, paraît-il, s'occuper d'eux,
de leurs intrigues, de leurs alliances, de leurs conjurations,
 de leurs fortunes...(...)

La couverture de nos journaux (...) raconte cette vie du Palais qui n'intéresse plus personne. Chaque élection est une grande fête, une belle mascarade, un bal masqué où chacun révèle son identité après la fête. Pour montrer qui nous a copieusement dupés.


"La piste Pasolini" 


vendredi 21 septembre 2018

Liberté spirituelle

 
 
 
Tout ce qui est immortel en vous est libre,
de jour comme de nuit,
et ne peut être enfermé ni enchaîné
car telle est la volonté du Très-Haut.
 
Vous êtes sa respiration tout comme le vent
que nul ne pourra jamais saisir ni mettre en cage.
.

mercredi 19 septembre 2018

Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures


 
  Interview de Jean Ziegler
 
« Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures », soutenez-vous avec Ernesto Che Guevara. L'espérance prend forme dans l'existence de ces fissures, et surtout dans la perspective de nouvelles fissures. Ces dernières, en repérez-vous ?

Absolument partout apparaissent de nouvelles brèches, et effectivement chacune d'elles est une raison supplémentaire d'espérer.
Un phénomène planétaire inédit a surgi: la société civile. Des fronts de résistance et d'initiatives alternatives aux systèmes homogènes, aux oligarchies qui orchestrent le capitalisme financier globalisé et meurtrier, s'organisent.

Une myriade de mouvements sociaux sont en marche : Greenpeace, Attac, WWF, Colibris (de Pierre Rabhi), Amnesty International, le mouvement des femmes, ou encore le mouvement paysan international Via Campesina, etc.
Qu'il s'agisse de son fonctionnement, de sa puissance, de son professionnalisme, cette société civile fait d'impressionnants progrès, et la révolution technologique lui fournit des armes d'une efficacité redoutable.
C'est ainsi que cette fraternité de la nuit se constitue en sujet historique autonome.

La société civile voit son rayonnement grandir proportionnellement au déclin des États, qui ne sont plus des moteurs d'espérance. Sa raison d'être ? L'impératif catégorique de Kant : « L'inhumanité infligée à un autre détruit l'humanité en moi. »
« Je suis l'autre, l'autre est moi » constitue son fil conducteur, et à ce titre honore la « conscience de l'identité » consubstantielle à l'homme, mais que fragilise l'obscurantisme néolibéral.
Cette folle idéologie sacralise le marché, qu'elle substitue à l'homme comme sujet de l'histoire, l'homme n'étant plus qu'un rouage, une variable, un vassal du marché.

Les despotes de ce marché possèdent un pouvoir qu'aucun roi, aucun empereur dans toute l'histoire n'a jamais détenu.
L'une des plus grandes conquêtes de cette absolue omnipotence est la prétendue impuissance à riposter qu'elle instille dans les consciences des peuples.

Et c'est à libérer ces âmes, à les aider à s'affranchir de cette suzeraineté, à leur restituer la « conscience de l'identité » d'où découlera une politique de solidarité, de réciprocité, de complémentarité, que nous devons nous employer.
Et à l'accomplissement de ce projet, la société civile contribue de manière capitale.

 

lundi 17 septembre 2018

De la Liberté




Et un orateur dit : " Parle-nous de la Liberté ".
Et il répondit :
"A la porte de la cité et au coin du feu dans vos foyers je vous ai vu vous prosterner et adorer votre propre liberté,
Comme des esclaves qui s'humilient devant un tyran et bien qu'il les terrassent, le glorifient.
Dans le jardin du temple et dans l'ombre de la citadelle j'ai vu les plus libres d'entre vous porter leur liberté comme un boulet à traîner.
Et en moi mon cœur saigna ; car vous ne pourrez être libre que si le désir de quérir la liberté devient un harnais pour vous, et si vous cessez de parler de liberté comme d'un but à atteindre et d'une fin en soi.
Vous serez libres en vérité non pas losque vos jours seront dans un souci et vos nuits sans un désir et sans une peine,
Mais plutôt lorsque ces choses enserreront votre vie et que vous vous élèverez au-dessus d'elles nus et sans entraves.
Et comment pourriez-vous vous élever au-dessus de vos jours et de vos nuits si vous ne brisez pas les chaînes que vous avez vous-même, à l'aube de votre esprit, attachées autour de votre midi ?
En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons qui brillent au soleil et éblouissent vos yeux.
Et qu'est-ce que la liberté sinon des fragments de vous-même que vous cherchez à écarter pour devenir libre ?
Si vous croyez que la clé de la liberté se trouve derrière une loi injuste qu'il suffit d'abolir, dites-vous que cette loi a été inscrite de votre propre main sur votre propre front.
Vous ne pouvez l'effacer en brûlant tous vos livres de lois, ni même en lavant les fronts de vos juges, dussiez-vous y déverser la mer entière.
Et si vous pensez qu'en détrônant un despote, vous retrouverez votre liberté, voyez d'abord si son trône érigé en vous-même est bel et bien détruit.
Car nul tyran ne pourra dominer des sujets libres et fiers, que s'il existe déjà une tyrannie dans leur liberté et une honte dans leur fierté.
Et si vous cherchez à chasser vos soucis ou à dissiper vos craintes pour libérer ainsi votre esprit, sachez que vous-même les avez choisis avant que vous ne les ayez subis.
Et que le siège de votre frayeur est dans votre cœur et non point dans la main de celui qui vous fait peur.
En vérité tout ce qui se meut en vous est dans une constante semi-étreinte : ce qui vous terrifie et ce qui vous réjouit, ce que vous chérissez et ce que vous haïssez, ce que vous désirez saisir et ce que vous cherchez à fuir.
Vos actes sont des jeux d'ombres et de lumières en couples enlacés.
Toute ombre se dégrade, se fond et se meurt à l'arrivée d'une lumière,
Et quand l'ombre s'évanouit et n'est plus, toute lumière qui s'attarde derrière ses lisières devient alors une ombre pour une autre lumière.
Et ainsi votre liberté, lorsqu'elle perd ses entraves devient elle-même l'entrave d'une plus grande liberté.
Khalil Gibran
"Le prophète"
.


samedi 15 septembre 2018

Le loup et le chien

 
 
 
 
Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
 
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
 
" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin."
 
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?"
"- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse."
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
 
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
" Qu'est-ce là ? lui dit-il.-Rien.- Quoi ? Rien ? -Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.
 
.
Les Fables, Livre I
Jean de La Fontaine
.




jeudi 13 septembre 2018

Esclave et heureux ?


...Ainsi (les américains) vivent-ils effectivement
dans le "meilleur des mondes possible"
tout en ayant perdu le sens de la vie elle-même...
(vidéo à 37 min)

 



La promesse de bonheur faite aux peuples et aux individus
ne constitue-t-elle pas à l'instar des religions et des idéologies
un opium qui les prive de leur liberté ?

 En les berçant avec la vieille chanson de l'abondance et du bien-être,
le pouvoir démocratique aujourd'hui contraint les sujets politiques
 à abandonner leurs libertés publiques et privées
au profit de l'automatisme des procédures et des techniques.
(...)

Roland Gori




 

mardi 11 septembre 2018

Brave new world


"Le meilleur des mondes"
ou la Tyrannie du bonheur
.

Le meilleur des mondes est en réalité le pire.
Aldous Huxley imagine dans Le meilleur des mondes
la contre utopie d’une société mondiale unifiée
totalement uniformisée et aseptisée
par le développement économique,
scientifique et technologique.
 
Fondée en apparence sur des principes généreux,
 elle constitue en pratique un totalitarisme
qui impose à l’individu un bonheur
assimilé au seul confort matériel et psychologique.




Le Sauvage :
- Mais cela me plaît
les désagréments.
 
L'administrateur :
- Pas à nous,
nous préférons les choses
en plein confort.
 
Le Sauvage :
- Mais je n'en veux pas, du confort.
Je veux Dieu, je veux de la poésie,
je veux du danger véritable,
je veux de la liberté,
je veux de la bonté.
Je veux du péché.
....
 
 
"Je commence à croire que ce monde
est bâti sur un mensonge...
- Quel mensonge ?
Que nous avions éliminé le malheur...
Comme si cela était possible !"

...


Dans l'ancien monde, il y avait des héros...
"Héros", ça veut dire qu'une seule personne
peut faire la différence."
.
 
 
Aldous Huxley
"Le meilleur des mondes"
.
 
 
 
 


Film complet :
"Brave new world"
 


 

En français :


 
 
 
 
 

 

dimanche 9 septembre 2018

Interview prémonitoire


 

 

"Je pense que le danger actuel est
que les gens soient, à certains égards,
heureux sous le nouveau régime,
et qu'ils le soient dans des situations
où ils ne devraient pas être heureux."

Aldous Huxley
(à 8 min)




 

vendredi 7 septembre 2018

Bonheur obligatoire




Un nouveau stupéfiant collectif
envahit les sociétés occidentales :
le culte du bonheur.

Soyez heureux !
Terrible commandement
auquel il est d'autant plus difficile de se soustraire
qu'il prétend faire notre bien.
Comment savoir si l'on est heureux ?
Et que répondre à ceux qui avouent piteusement :
je n'y arrive pas ?
Faut-il les renvoyer à ces thérapies du bien-être, tels le bouddhisme,
le consumérisme et autres techniques de la félicité ?
Qu'en est-il de notre rapport à la douleur
 dans un monde où le sexe et la santé sont devenus nos despotes ?

  J'appelle devoir de bonheur cette idéologie
qui pousse à tout évaluer sous l'angle du plaisir et du désagrément,
 cette assignation à l'euphorie qui rejette dans l'opprobre ou le malaise
 ceux qui n'y souscrivent pas.
Perversion de la plus belle idée qui soit :
la possibilité accordée à chacun de maîtriser son destin
et d'améliorer son existence.

C'est alors le malheur et la souffrance qui sont mis hors la loi,
au risque, à force d'être passés sous silence,
de resurgir où on ne les attendait pas.
.
"L'euphorie perpétuelle"
.



 


mardi 4 septembre 2018

Pensée positive : le revers de la médaille



On nous la présente souvent associée à des images de nanas
 empreintes de zénitude épanouie, les bras au ciel,
offrant leurs chakras bien ouverts à l’univers accueillant.
Débarquée d’outre-Atlantique avec des tombereaux de naïveté,
la pensée positive a été reprise partout,
comme le sont souvent les solutions toutes faites,
en apparence simples mais en réalité simplistes,
 par des gens qui n’ont pas toujours conscience de ses effets négatifs,
par manque d’esprit critique, de recul ou de jugement.

Et si la pensée positive peut avoir l’apparence
d’une jolie médaille dorée de la joie de vivre,
elle a le revers amer de l’illusion.




J’ai déjà piqué un coup de gueule face aux discours lénifiants
véhiculés par les champions du verre à moitié plein
dans un billet intitulé Épreuves et cadeaux de la vie qui reprend une autre vidéo,
celle d’une intervenante du TED déguisée en mère courage
qui enjoint les quidams que nous sommes à considérer une tumeur au cerveau
 comme un “cadeau de la vie”.

Le danger que représente ce type de message à mes yeux,
 c’est qu’à force de considérer ce genre d’attitude comme admirable,
elle deviendra même obligatoire :

on en finira par encourager la culpabilité*
et par nier le droit à la fragilité, à la vulnérabilité,
 à la souffrance face à une situation difficile.





Cette vidéo est une animation à partir d’une conférence de Barbara Ehrenreich,
écrivain, journaliste de renom et militante politique américaine,
qui dénonce ici les méfaits de la pensée positive
et en particulier les formes de pression qu’elle représente.
Les exemples qu’elle donne sont un peu extrêmes et schématiques,
mais ils ont le mérite d’être très parlants.
Pour ceux d’entre vous qui ont du mal avec l’anglais,
je vous ai concocté un rapide résumé en dessous :
 
  1. L’injonction de verre à moitié plein: Pousser une personne qui vient d’être licenciée à croire que c’est une bonne chose, une opportunité d’évolution, et que l’essentiel dans la recherche d’embauche est d’avoir une attitude positive.
  2. L’obligation de bonne humeur et d’optimisme béat et irréaliste, même quand la situation est problématique.
  3. Le déni d’émotions négatives: comme expliquer à une personne déprimée, qu’il “ne faut pas se plaindre” mais sourire comme si tout allait bien.
  4. L’illusion d’influence: l’idée qu’on peut changer le cours des choses avec ses pensées, et que celles-ci nous attirent ce qui nous arrive.
  5. L’ignorance volontaire: à partir du moment où on s’oblige à “penser positif” il y a un risque d’ignorer les indications que la situation n’est pas rose.
  6. La bêtise et la cruauté qui consistent à expliquer à des personnes en difficulté que tout est dans leur tête, qu’elles n’ont qu’à changer de façon de voir les choses. (...)
  7. L’encouragement à la passivité: si l’on peut attirer à soi toutes les richesses qu’on veut, rien qu’en y pensant, alors il n’est pas très utile d’aller au charbon.
  8. (...) 



Ce que je trouve particulièrement gênant
(qu’il convient de distinguer de la psychologie positive),
c’est qu’elles soient posées en vertus quasi magiques et incontournables,
jusqu’à nier ses propres ressentis,
qui sont pourtant les seuls gardiens de notre bien-être.
(...)

 (Evitons de croire) qu’en remettant les difficultés de la vie
dans notre pocheavec un mouchoir par dessus,
elles disparaîtront.

.




dimanche 2 septembre 2018

Déni collectif



 

Le déni survient quand, devant une réalité trop angoissante,
nous nions l'évidence, comme si nous ne voulions pas la voir.
En réalité, c'est que nous ne pouvons pas la voir
tant elle serait douloureuse ou difficile à assumer.
.
 
 

samedi 1 septembre 2018

Pourquoi il vaut mieux être pessimiste à propos du changement climatique



On dit souvent qu’il vaut mieux être optimiste plutôt que pessimiste et démoralisant sur le changement climatique. Mais a-t-on raison de raisonner ainsi ? Et s’il valait en fait mieux être pessimiste sur le réchauffement climatique ?
En matière de réchauffement climatique, on entend souvent qu’il vaut mieux être optimiste. Qu’il ne faut pas dramatiser au risque de démotiver les citoyens, qu’il faut présenter les solutions plutôt que les problèmes. Une étude menée en 2015 par des experts en psychologie sociale montrait d’ailleurs qu’il était plus efficace pour sensibiliser le public d’aborder le changement climatique avec des termes plus neutres, moins négatifs. Même Al Gore, qui a pourtant contribué à diffuser publiquement les risques du changement climatique, produisait récemment un plaidoyer pour « L’optimisme sur le changement climatique ».
Dans une certaine mesure, il est probable que ces constatations soient fondées. Il est probable que les citoyens n’aient pas envie d’entendre des actualités dramatiques et désespérantes sur le climat, qu’ils aient envie de penser à des choses plus positives et qu’ils se désintéressent si le discours sur le changement climatique est trop « démoralisant ». Pourtant, si l’on en croit les avancées en psychologie sociale autant qu’en science climatique qui ont émergé ces dernières années, il vaudrait probablement mieux être pessimiste. Voici pourquoi.

La situation est vraiment catastrophique : il n’y a pas vraiment de raison d’être optimiste sur le changement climatique

Fonte des glaces poles
D’abord, il faut prendre conscience qu’en matière de climat, aucun discours, aussi alarmant soit-il, ne peut rendre compte de la dangerosité de la situation que nous vivons. (Note de la rédaction : Si cette phrase vous exaspère, c’est probablement que vous êtes allergique au pessimisme, alors sautez au chapitre suivant pour comprendre pourquoi et comment votre cerveau vous a programmé ainsi.)
Les rapports scientifiques internationaux sont de plus en plus alarmistes sur le sujet. Au fur et à mesure que la compréhension des mécanismes climatiques se renforce, les prévisions des climatologues sont de plus en plus négatives. Récemment, un groupe de scientifiques dirigé par un ancien cadre de la NASA (James Hansen) a publié une méta-analyse qui compile les données de plusieurs décennies sur le climat, et sa conclusion est sans appel : les changements climatiques seront probablement encore plus forts et dangereux que ce que les prévisions du GIEC et des autres organismes avaient envisagé.
On le voit aujourd’hui avec certitude : le climat se dégrade, et vite. Les températures augmentent plus que prévu et dans certaines régions, la température cette année a déjà dépassé le seuil que la COP21 avait fixé comme limite à ne pas dépasser… en 2100 (+1.5 degrés). Les glaces arctiques et antarctiques ont fondu à des niveaux records, avec des surfaces équivalentes à plusieurs fois la France qui ont tout simplement disparu du fait de la montée des températures. L’extinction de la biodiversité s’est accrue à une vitesse inégalée, nous faisant entrer dans ce que les scientifiques appellent aujourd’hui la 6ème extinction de masse.
Même les bonnes nouvelles n’en sont pas : alors que la couche d’ozone se referme progressivement, notamment grâce aux progrès du Protocole de Montréal, cela pourrait en fait aggraver le changement climatique notamment au niveau des pôles. Alors que dans certains endroits dans le monde, les émissions de CO2 sont en baisse (c’est notamment le cas en Europe grâce à des énergies de plus en plus décarbonées), elles augmentent dans de nombreux pays. En parallèle, ce sont aussi les émissions de méthane qui augmentent, ce gaz qui est 28 fois plus dangereux que le CO2 du point de vue de son pouvoir de réchauffement climatique global. Alors que les énergies renouvelables ne font qu’être moins chères, plus accessibles, c’est pourtant les gaz de schistes, les sables bitumineux que les plus grandes puissances mondiales choisissent de valoriser.
En résumé, les données sont claires : la situation est catastrophique. Cela ne fait pas forcément la une des débats publics, mais de plus en plus de scientifiques sérieux (la NASA, des scientifiques mandatés par l’Etat britannique, des chercheurs de l’Université Paul Sabatier de Toulouse) montrent que le changement climatique a dans le passé contribué à la chute de certaines civilisations, mais surtout que les changements accélérés que nous vivons actuellement pourraient, d’ici 2040, mener à une grave crise générale de nos sociétés.
Autrement dit, à cause du changement climatique, nos sociétés pourraient s’effondrer bien plus tôt que l’on croit.

Les dangers de l’optimisme et le déni de réalité du changement climatique


Mais cela paraît fou : comment des sociétés qui fonctionnent dans l’abondance, qui progressent chaque jour grâce à la technologie, pourraient-elles s’effondrer en moins de 25 ans juste à cause de quelques degrés en plus ? Comment pourrait-on ne pas trouver de solution ? Voilà les questions que l’optimisme nous pousse à nous poser, comme pour éviter de voir que la situation est critique et d’accepter les constats de la science. C’est une attitude que la psychologie sociale nomme le « biais d’optimisme » : un trop plein d’optimisme qui nous empêche de voir la réalité en face.
Par exemple, dans nos sociétés, où 40% des mariages finissent en divorce, les études montrent que plus de 75% des jeunes mariés estiment qu’ils ne divorceront jamais. Statistiquement, c’est hautement improbable, et même irréaliste. Le même constat peut-être fait au sujet de patients atteints de graves pathologies, qui ont systématiquement tendance à surestimer largement leurs capacités et leur espérance de vie. Quand les individus sont confrontés à une réalité négative, ils ont tendance à ignorer cette réalité.
Ainsi, lorsque l’on demande à des individus s’ils estiment possible qu’ils développent un cancer, la plupart répondent que les probabilités sont très basses. Or aujourd’hui, la probabilité qu’une personne développe un cancer dans sa vie est de 30%. Lorsque l’on repose la question aux individus après leur avoir donné cette statistique, la plupart préfèrent l’ignorer et ne changent pas leur réponse (ou à peine). Ils ignorent inconsciemment les réalités qui sont trop négatives.
C’est une tendance biologique : le gyrus frontal inférieur droit (une partie de notre cortex frontal) qui permet à notre cerveau de comprendre et d’accepter les « mauvaises nouvelles » est moins développé que le gyrus frontal inférieur gauche, qui lui traite les « bonnes nouvelles ». Il est donc plus compliqué pour notre cerveau d’intégrer une mauvaise nouvelle qu’une bonne. Et plus l’on est « optimiste », moins cette partie de notre cerveau est efficiente, moins l’on intègre et l’on accepte les mauvaises nouvelles.
Bien sûr, à propos du changement climatique, ce biais d’optimisme existe. On sait très bien aujourd’hui que les conséquences d’un réchauffement de 2 degrés seront très graves. Pour autant, nous avons du mal à l’imaginer, nous avons du mal à envisager la réalité du problème.

Être optimiste sur le changement climatique nous empêche de prendre les bonnes décisions



Résultats ? Nous prenons presque systématiquement de mauvaises décisions car nous surestimons nos chances de réussir ou nous sous-estimons la gravité de la situation. Par exemple une étude en psychologie sociale montre que les personnes très optimistes ont tendance à prendre des décisions irrationnelles sur le plan financier : elles épargnent trop peu, s’endettent souvent, dépensent plus qu’elles ne devraient.
D’autres études ont montré qu’avoir une vision optimiste du futur a tendance à diminuer l’énergie des individus pour surmonter un défi. En d’autres termes : si l’on pense qu’une situation sera relativement bonne (ou pas si mal) dans le futur, il n’y a pas de raison de dépenser de l’énergie pour changer les choses. Une dernière étude publiée dans le Journal of Experimental Social Psychology concluait de son côté que les personnes optimistes étaient souvent moins motivées pour résoudre les problèmes ou les tâches à accomplir.
Dans son ouvrage « Rethinking positive thinking », Gabrielle Oettingen démontre qu’au final, être optimiste a tendance à empêcher les individus de mettre en oeuvre le changement. Ainsi, une personne en surpoids aura tendance à nier la nécessité de perdre quelques kilos si elle est optimiste, se disant que ce n’est pas si grave, ou qu’elle trouvera bien une solution… plus tard. Ou au pire, cette personne se dira qu’en faisant quelques changements minimes et peu contraignants elle perdra du poids.
Et c’est précisément ce que font aujourd’hui les sociétés mondiales face au défi du changement climatique. En niant la réalité du problème, ou en minimisant sa gravité, nous avons tendance à ne pas prendre les décisions qui pourraient permettre de résoudre le problème.
Aujourd’hui, comme nous n’avons pas pris la mesure de la gravité du problème, nous nous focalisons sur des changements « à la marge » : réduire et trier ses déchets, réduire de quelques % les émissions de CO2 des véhicules, réduire « un peu » sa consommation d’énergie en éteignant le mode veille de sa télévision. Certes, tous ces gestes sont utiles, et mis bout à bout, ils peuvent avoir un impact sur la gravité du réchauffement climatique. Mais au final les vrais gestes qui nous permettraient de réduire vraiment nos émissions de CO2 (réduire drastiquement notre dépendance au transport individuel, réduire de façon importante notre consommation d’énergie de manière à pouvoir se contenter d’énergies renouvelables, réduire notre production industrielle et notre consommation de ressources) sont oubliés.
En matière de politique internationale, c’est la même chose : la COP21, la COP22 et tous les traités internationaux ont beau être des progrès significatifs, ils ont jusque là échoué à mettre en place les décisions les plus importantes et les plus cruciales dans la lutte contre le changement climatique. Une équipe d’experts de la géopolitique et du droit international publiait d’ailleurs en 2010 un « Plaidoyer pour le pessimisme à propos des traités internationaux sur le climat », où elle développait l’idée que seuls des traités internationaux peu contraignants et/ou peu efficaces pourraient être signés par les gouvernements mondiaux. D’une manière générale, il semble que les changements vraiment efficaces ne parviennent jamais à obtenir un consensus, car d’une part, on n’a pas pris conscience que ces mesures sont urgentes, et d’autre part, parce que ce sont des mesures que l’on perçoit comme trop difficiles à mettre en oeuvre.

Changement climatique : être optimiste ou pessimiste ? Quelle solution ?

Et en effet, à titre individuel, il est aujourd’hui quasiment impossible de se passer de sa voiture par exemple, alors qu’en France, le transport individuel représente près d’un quart des émissions de CO2 et que c’est certainement la manière la plus efficace de réduire notre empreinte carbone. Comment aller travailler sans voiture ? Comment faire ses courses ? Comment gérer sa vie de famille et aller chercher ses enfants à l’école sans voiture ? Et surtout, si l’on ne perçoit pas la gravité et l’urgence de la situation, pourquoi tenter de le faire, pourquoi se contraindre autant et remettre en cause son mode de vie ?
Si l’on vous disait aujourd’hui que vous allez mourir dans 6 mois si vous n’arrêtez pas de prendre votre voiture et de consommer du pétrole tout de suite, il est probable que vous le feriez sur l’instant.
Et à l’échelle de leur histoire, c’est exactement le dilemme devant lequel sont placées les civilisations humaines. Changer son mode de vie, ou disparaître. L’optimisme trop fort que nous avons à propos de notre futur, la confiance que nous plaçons dans notre capacité à trouver une solution facile au changement climatique nous empêche de voir ce dilemme.
Cette dissonance cognitive, c’est la raison pour laquelle être optimiste à propos du changement climatique n’est sans doute pas la solution.
Alors faut-il être pessimiste ? Sans doute un peu, notamment sur ce qui nous menace. Parce que si l’on est pas clair sur les risques que le changement climatique et la crise écologique font peser sur nous, si on ne les répète pas (au risque d’être démoralisant), on aura toujours tendance à oublier le danger. Mais pas complètement pessimiste pour autant : le pessimisme lui aussi nous empêche d’agir, par désespoir. Les pessimistes diront « parce qu’il est trop tard, rien ne sert d’agir ».
Alors il faudrait être réaliste ? Nécessairement, car ce n’est qu’en se confrontant à la réalité que l’on peut la changer. Mais il faut surtout être capable d’être pessimiste et optimiste au bon moment.
Car il est là le paradoxe de l’optimisme : à force d’être (trop) optimiste sur la gravité du changement climatique, nous avons oublié d’être optimistes sur nos capacités à changer radicalement notre mode de vie pour inverser la donne.
Nous faisons des changements à la marge car nous ne pensons pas qu’il est possible de vivre (et de bien-vivre) sans le confort que nous a apporté le pétrole et ses avatars. C’est pourtant là qu’il faut être optimiste : c’est un changement difficile, qui nécessitera des efforts radicaux et une refonte globale de notre système économique et social (contre les intérêts économiques et institutionnels de nombreux acteurs actuels), mais c’est un changement possible. C’est surtout un changement nécessaire et indispensable.
  

Alors sur le changement climatique, soyons pessimistes. Préparons nous au pire, car il arrivera nous dit Edward Murphy.
Mais sur notre capacité à changer, soyons optimistes : nous pouvons envisager un modèle différent, un modèle écologique et responsable, en nous focalisant sur les vrais problèmes et les vraies solutions.