mercredi 20 juin 2018

Ce qui se passe...

 
 
 
Les institutions formellement démocratiques ne sont, quant à leur contenu,
que des instruments des intérêts de la classe dominante.
 
La chose la plus révolutionnaire que l'on puisse faire
est de proclamer haut et fort ce qui se passe.
 
Rosa Luxembourg


 
 
 
 

mardi 19 juin 2018

Gouvernants

  
 
 
 
 
Vous pouvez avoir une démocratie,
mais si l'intention du président est son enrichissement personnel
vous obtiendrez une dictature déguisée.
 
De même que vous pouvez avoir une monarchie,
mais si l'intention du roi est le bien-être de son peuple
vous pourrez obtenir un système socialement égalitaire.
 
Derrière les slogans politiques, derrière les chefs,
se cachent des intentions personnelles,
et ce sont elles qu'il faut surveiller et maîtriser.
 
 
 
 
 
Il y a des discours pour se donner bonne conscience,
dire qu'on aime la liberté et qu'on ne veut plus de chefs,
 mais si on regarde l'Histoire, c'est le contraire.
 Les humains aiment être esclaves et ils vénèrent leur chef.
Et plus leurs chefs sont effrayants plus ils se sentent protégés.
 . 
La violence [...] fascine [les hommes].
La hiérarchie les tranquillise.
Ils s'inquiètent dès qu'ils ont des responsabilités
et sont rassurés dès qu'un leader les en décharge.
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samedi 16 juin 2018

Le mythe du plein emploi




Une vision claire de la situation de l'emploi aujourd'hui
et quelques perspectives...
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mardi 12 juin 2018

La sieste du pêcheur


Pour faire suite à l'article précédent, à propos du "travail fétiche",
je trouve que cette petite histoire, régulièrement racontée
-avec un brin de malice- par Pierre Rabhi,
résume bien les choses... :-)
 
 
 

Un pêcheur vient de finir son travail, sa barque est amarrée à côté de lui sur le bord d’une plage, son filet est étendu dessus et lui, il se repose. Passe un homme sérieux, qui regarde la barque :
 
« Monsieur, vous devriez être en mer à cette heure-ci !
- Pourquoi ?
- Enfin, pour gagner votre vie, vous n’arriverez jamais à rien en restant là à faire la sieste. Elle est à vous, cette barque ?
- Oui.
- Oh, mais elle est petite...
- Oui, elle l'est…
- Vous pourriez en avoir une plus grande.
- Et après ?
- Ben, après, vous pêcherez beaucoup plus de poissons !
- Et après ?
- Vous aurez gagné tellement d’argent que vous pourrez acheter un bateau encore plus grand !
- Et après ?
- Vous embaucherez des gens pour faire le travail à votre place…
- Et après ?
- Vous vous reposerez !
- Eh bien, c’est ce que je suis en train de faire. »

 
extrait du livre
« Demain. Un nouveau Monde en marche »
de Cyril Dion, Actes sud
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lundi 11 juin 2018

Travail fétiche

 
 
Tous exigent du travail, du travail, du travail ! Les uns réclament une protection sociale de base qui prenne en considération les besoins, les autres un revenu universel inconditionnel. Mais nul ne s’interroge sur les raisons cachées de ces rapports absurdes qui, au mépris de l’être humain, dominent aujourd’hui le monde du travail.
Avoir la possibilité de travailler moins, pour consacrer enfin du temps à la « vraie vie », n’est-ce pas là un rêve aussi ancien que l’humanité ? 

Ce n’est pas sur les tâches nécessaires à la survie que nous devrions faire porter le plus clair de nos efforts, mais plutôt sur tout ce qu’il y a au-delà de la simple satisfaction du besoin : le loisir, l’art, le jeu, la philosophie, tout ce qui rend les hommes authentiquement humains. Aujourd’hui nous pourrions enfin réaliser ce rêve.
La productivité du travail a fait un bond si formidable que tous sur cette terre, moyennant un effort minime (comparé à ceux des époques antérieures), nous pourrions ne manquer de rien. Mais en dépit de sa raréfaction, le travail se pose en puissance totalitaire qui ne tolère aucune autre divinité à ses côtés.
Nous persistons à vénérer le travail comme un fétiche, comme s’il était doué de pouvoirs magiques. 

Une activité propre aux esclaves 

Pour mieux comprendre notre rapport servile au travail, il suffit d’ouvrir un dictionnaire étymologique ou un livre retraçant l’histoire du travail. Le mot allemand Arbeit est issu d’un verbe germanique signifiant « être orphelin, être un enfant astreint à un dur labeur physique » ; et, jusqu’à la fin du Moyen Age, ce mot garda le sens de "pénible épreuve", de "calamité", de "besogne indigne". En anglais, labour a pour racine le latin labor : "peine", "épreuve", "effort".
 
Le français travail et l’espagnol trabajo trouvent leur origine dans le latin tripalium, un dispositif utilisé pour torturer et punir les esclaves ou tous ceux qui n’étaient pas de condition libre. De même, le russe robota provient du slavon rob, c’est-à-dire  "esclave", "serf".

"La morale du travail est une morale d’esclave, et le monde moderne n’a nul besoin de l’esclavage", a dit le savant et prix Nobel anglais Bertrand Russell. 

Jusqu’à l’Antiquité la notion de travail était totalement inconnue. Le mot apparaît d’abord pour désigner une activité hétéronome, exécutée sous la surveillance et sur l’ordre d’autrui. Avant cela il y avait des termes pour désigner des activités concrètes mais aucun terme abstrait signifiant, comme le mot "travail", une dépense d’énergie humaine dont le but, le contenu, est indifférent aux exécutants. Là où nous avions par exemple les corvées, nous avons aujourd’hui le salariat, c’est-à-dire n’importe quelle activité effectuée pour de l’argent. 

Tandis que les époques précapitalistes considéraient le travail comme un mal nécessaire, l’avènement de la modernité marqua le début de sa transfiguration idéologique. On l’éleva au rang de "constante anthropologique", c’est-à-dire de caractéristique inhérente à l’être humain. Avec toute la brutalité possible et imaginable, on inculqua aux hommes le principe et l’éthos du travail. Il fallut des siècles pour les faire renoncer à leur rythme d’activité propre et les contraindre à une besogne quasi mécanique dans les usines.
 



Le récit de cette transformation a ceci d’intéressant qu’on peut y voir la résistance capituler peu à peu. A la première génération d’ouvriers on inculqua l’importance du temps : personne, à l’époque, ne vivait « à l’heure ». Et voilà que dorénavant les hommes devaient se soumettre à une injonction extérieure, à une cadence qui leur était dictée.
L’équivalence actuelle du temps et de l’argent commençait à se mettre en place. La deuxième génération lutta pour la journée de dix heures ; les hommes, il est vrai, étaient alors contraints de trimer jusqu’à seize heures d’affilée. La troisième génération avait fini par accepter les catégories des patrons et ne réclamait plus que le paiement des heures supplémentaires.

Dans les pays industrialisés il n’est maintenant plus nécessaire d’exercer la moindre contrainte : celle-ci est désormais totalement intériorisée. Elle est devenue pour les hommes une "seconde nature". Le problème du workaholisme et de l’épuisement professionnel a pris une ampleur sans précédent. On ne compte plus les sexa-, quinqua-, voire parfois quadragénaires qui meurent d’infarctus ou d’attaques cérébrales – bref se tuent à la tâche, comme le déplorent leurs proches. 

Transformer l’argent en plus d'argent 

Tout aussi éclairant, le parallèle entre développement du capitalisme et développement des armes à feu montre bien de quelle manière funeste s’additionnèrent leurs puissances de destruction respectives. Une fois la poudre à canon mise au point et les armées permanentes constituées, l’entretien de ces dernières nécessita de relever drastiquement la charge fiscale. Ce qui à son tour entraîna une augmentation de la charge de travail. S’agissant d’organiser les armées et les nouvelles technologies de la destruction, la forme argent et la forme marchandise s’avérèrent plus adaptées que les liens féodaux traditionnels.
Aujourd’hui encore, les quatre cinquièmes de toute la recherche scientifique et technique sont au service de la guerre. La plupart de nos produits high-tech sont en réalité des sous-produits de la technologie militaire. 

La machine et la chaîne de montage ne furent inventées ni pour soulager le labeur des hommes ni pour améliorer nos relations avec la nature, mais pour transformer plus rapidement l’argent en davantage d’argent. Toute activité humaine se voit depuis lors appréciée en fonction de la valeur économique qu’elle crée.
L’homme ne fabrique pas les produits qu’il serait judicieux de fabriquer (par exemple, une nourriture non polluée ou des biens d’usage durables et écocompatibles), il fabrique avant tout les plus susceptibles de rapporter de l’argent. A maints égards le capitalisme a donc davantage à voir avec la mort qu’avec la vie. 

Immanuel Wallerstein note, à propos de la genèse du capitalisme, que la plupart des gens travaillent aujourd’hui « incontestablement plus, un plus grand nombre d’heures par jour, par an, ou sur la durée d’une vie ».
Et malgré cela, « une majorité de la population mondiale se trouve objectivement et subjectivement plus démunie matériellement que dans les systèmes antérieurs, mais je pense aussi qu’ils ont été placés dans des conditions politiques pires qu’auparavant ».
 
(...)
 
Une logique totalitaire 


Nous touchons là le nœud du problème : la crise générale du financement n’est nullement l’œuvre de dirigeants malveillants ; elle procède logiquement du découplage entre travail et production de richesse.
Cela signifie que tous les êtres humains sur cette terre pourraient en théorie voir sans problème leurs besoins satisfaits sans qu’il soit nécessaire pour autant que chacun travaille quarante heures par semaine. Il est vrai que, travaillant moins, les hommes sont moins bien payés, voire pas payés du tout – mais n’est-ce pas déjà ce qui se passe de toute façon un peu partout ? Cela montre bien que l’argent, ou plutôt l’obligation d’en avoir, n’est plus un obstacle entre l’homme et la satisfaction de ses besoins ! Aussi le fossé ne cesse-t-il de s’élargir entre ce qui est bon pour l’homme et ce qui est bon pour l’économie ! On cherche pourtant continuellement à nous persuader du contraire. 

La logique meurtrière du monde marchand, en vertu de laquelle toute chose, avant même de pouvoir être utilisée, doit nécessairement d’abord être achetée en tant que marchandise – cette logique est devenue totalitaire. La valeur n’est pas une chose grossière relevant de la sphère économique mais bien une forme sociale à cent pour cent : à la fois forme du sujet et forme de pensée. Réclamer que la politique redevienne plus responsable dénote une piètre connaissance de la nature du capitalisme. En quoi la politique pourrait-elle nous aider aujourd’hui, elle qui, avec la démocratie, a grandi aux côtés du système capitaliste, main dans la main avec lui ? Ils sont inexorablement enchaînés l’un à l’autre. Démocratie, économie de marché, État de droit (et droits de l’homme) : autant de simples appendices du capitalisme.

Paul Valéry écrivit : « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde ». 

La conscience démocratique moderne émane d’une pensée marchande qui ne reconnaît même plus ses propres bornes et pour qui, de ce fait, la moindre solution aux problèmes sociaux passe nécessairement par le travail et l’argent dans un contexte de croissance économique.
 
Pour la plupart des gens, une production autodéterminée et un partage des biens sans échange ni contrainte sont littéralement impensables.

D’où vient donc cette peur panique dès qu’il s’agit d’envisager le dépassement du système capitaliste et de sa logique mortifère ? 

L’exigence de solidarité et de compassion ose aujourd’hui à peine s’exprimer : elle porte atteinte à la suprématie de l’actuelle forme de travail et d’économie. Ça n’est même pas avec un revenu universel que nous briserons la logique meurtrière de la marchandise, car nous ne sommes tout bêtement plus en mesure d’imprimer les billets de banque à distribuer. Nous n’obtenons l’argent qu’aux conditions de l’économie capitaliste. Or, ces conditions se résument depuis longtemps à une spirale descendante que rien ni personne ne peut enrayer.
Le capitalisme ne connaît plus que la fin en soi irrationnelle consistant à transformer jusqu’à la fin des temps l’argent en davantage d’argent. A l’intérieur de ce système, plus aucune perspective émancipatrice n’est possible. Il s’est heurté à ses propres limites. 
 
 
 

dimanche 10 juin 2018

Le bout du bout de la logique...

 
L'esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque
sous forme de travail librement salarié.
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 George Bernard Shaw 
(1856-1950)
 
 

Aujourd'hui, alors que le salariat est plus hégémonique que jamais parmi les actifs,
et bien que les statuts précaires d'emploi soient encore minoritaire en termes de stocks,
 l'insécurité et l'instabilité de l'emploi se généralisent.

Les CDD et les l'intérim deviennent la norme d'entrée sur le marché du travail,
débouchant de plus en plus difficilement sur l'emploi stable.
Parallèlement, la faiblesse et la division syndicales sont sans précédent
et fragilisent la défense des travailleurs, tandis que la sous-traitance
et la multiplication des très petites entreprises (système de franchise)
font éclater les collectifs de travail et concourent à la désertification syndicale.

C'est dans ce contexte que le patronat, notamment sous sa forme de multinationales,
et les gouvernements de droite ou de gauche à orientation néo-libérale ou ultra-libérale
ont déclenché une vaste offensive contre les salariés,
en cassant et en remettant en cause une par une ses protections et garanties collectives :
réformes des retraites, de la Sécurité sociale, de l'assurance chômage,
workfare et casse du droit du travail.
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 Evelyne Perrin (2006)
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La logique de l’Union européenne et des entreprises, 
c’est des salariés privés de moyens de résistance 
qui doivent se contenter des rémunérations les plus basses possibles.
 
Le bout du bout de cette logique, c’est les camps de travail. 
C’est bien plus dur de se battre contre ça que contre le fascisme à la papa.
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Etienne Chouard
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dimanche 3 juin 2018

Cage invisible






Vous mettez le doigt sur l'un des grands problèmes de l'humanité. [...]
Très peu d'hommes savent se forger une opinion par eux-mêmes.
 
Aussi répètent-ils ce que leur ont dit leurs parents,
puis leurs professeurs et enfin ce qu'ils ont entendu aux informations du soir,
et ils finissent par se convaincre qu'il s'agit là de leur opinion personnelle,
au point de la défendre ardemment face à d'éventuels contradicteurs.
 
Il suffirait pourtant qu'ils tentent d'observer par eux-mêmes,
de penser par eux-mêmes et ils découvriraient le monde tel qu'il est
et non pas comme on les conditionne à le voir.
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Bernard Werber
"Nous, les dieux"
 
 
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